Une approche épistémologique Intégrale
Notre monde post-moderne développe une somme importante de connaissances qui touchent à de nombreux domaines. Nous vivons dans un monde de « spécialistes » et la principale difficulté de
l'être humain actuel est de posséder une grille de lecture qui lui permette de comprendre et de « naviguer » dans un un monde hautement spécialisé, mais fractionné et éclaté.
La mise en lien des êtres humains et le réseautage nous offrent un potentiel immense de « cross-pollinisation ». Mais il nous faut une carte pour organiser nos connaissances afin de créer
des synergies et des systèmes complexes, mais non pas compliqués.
Je propose dans ce texte une « grille de lecture » ou une « carte » qui va nous permettre de lire et d'organiser les connaissances des divers domaines actuels. Cette
« carte » n'apporte pas de nouvelles informations, mais ses buts et ses effets potentiels sont les suivants:
elle nous offre une grille de lecture qui nous ramène à la globalité et nous permet de lire le monde actuel.
elle nous sort des conflits de chapelle et nous amène à la certitude que la connaissance et l'évolution de l'être humain post-moderne, qui se définit comme culturel, économique, biologique et
symbolique, passe par la collaboration entre diverses disciplines.
Ce modèle a été développé par un philosophe américain du nom de Ken Wilber et je me propose de le présenter içi ainsi que de le commenter.
Les quatres quadrants
Cette carte de lecture est organisée en quatre axes ou quadrants:
l'axe individuel subjectif: le « Moi »
l'axe collectif subjectif: le « Nous »
l'axe individuel objectif: le « Ceci »
l'axe collectif objectif: le « Ceux-ci »
Le schéma ci-dessous montre visuellement ces quatres quadrants ou dimensions:
1) L'axe individuel subjectif – en haut à gauche– le Moi
Cette dimension manifeste la perspective du monde subjectif que nous vivons tous. C'est la manière dont nous expérimentons notre monde intérieur, nos pensées, nos émotions et nos sensations
corporelles. Rien ne peut être prouvé à ce niveau là de l'expérience étant donné que nous sommes dans le monde subjectif des pensées et des symboles
Voici quelques disciplines qui adoptent cette perspective:
- l'art
- la psychanalyse
- la recherche intérieure
Nous sommes dans le domaine du subjectif et du symbolique dont le critère de validité est le « Beau ».
2) L'axe collectif subjectif – en bas à gauche- le Nous
Nous sommes içi dans le domaine de la culture et des productions symboliques que le groupe produit. Cela comprend la production culturelle de nos sociétés et les histoires que celles-ci se
racontent. Le critère de validité de ce domaine est ce qui est « moral », c'est-à-dire acceptable par une culture donnée.
Les disciplines de cet axe sont entre autres:
- l'art
- la religion
- la culture
3) L'axe individuel objectif - en-haut à droite – Ceci
Notre perspective se centre içi sur un individu tel que l'on peut le voir de l'extérieur: son corps, ses synapses, son taux de cholésthérole, son aspect physique.
Le critère de validité de ce domaine est scientifique: c'est le « vrai ».
C'est le domaine de:
- la médecine
- la biologie
- La neurophysiologie
- La neurobiologie
4) L'axe collectif objectif – en-bas à droite – Ceux-ci.
Cet axe s'intéresse à l'aspect collectif des phénomènes vu de l'extérieur, tel que l'observation des astres, de la société humaine d'un point de vue mesurable (statistique, économique).
Son critère de validité est scientifique et donc est le « vrai ».
Les disciplines qui explorent cet axe sont par exemple:
- L'astronomie
- L'économie
- La théorie des systèmes et la cybernétique
- Les nano-technologies
1er exemple
Ainsi donc chaque phénomène peut être perçu selon ces quatres perspectives. Illustrons ces quatres quadrants avec l'exemple d'un confiseur.
Monsieur X a reprit la confiserie de son père.
1) Moi: individuel/subjectif
Monsieur X peut nous expliquer son expérience de confiseur, ses difficultés et ses joies. Il pourrait nous dire que le sens de son travail est de voir le plaisir chez ses clients. Il pourrait nous
raconter l'histoire de sa confiserie qui s'est transmise de père en fils, et comment sa femme l'a quitté parce qu'il travaillait trop.
Nous sommes içi dans l'intérieur de Monsieur X, un domaine symbolique et subjectif.
2) Nous: collectif/culturel
Nous pouvons observer le rôle que joue une confiserie en Suisse en 2008. Nous pouvons étudier l'aspect symbolique culturel du chocolat, de la « douceur » et des pâtisseries: c'est un
moyen d'échange, mais cela devient également dans une culture « verte » et culturellement hyper-biologique un moyen de signer son appartenance à l'évolution de l'être humain: « Nos
chocolats sont 100% biologiques et nous participons au commerce équitable ».
3) Ceci: individuel/objectif
C'est là que nous observons le corps du chocolatier vu de l'extérieur. Nous allons mesurer son taux de graisses, de cholésthérole et sa tension artérielle. Nous pouvons évaluer et mesurer une
quantité énorme de facteurs physiques objectifs.
4) Ceux-ci: collectif/objectif
Ici nous adoptons une perspective économique quant à la vie de confiseur de Monsieur X. Nous pouvons mesurer sa réussite financière, les quantités de cacao qu'il importe, les impôts qu'il paye
etc..
Second exemple:
Un cadre travaillant dans une entreprise est « condamné » par ses supérieurs à suivre un cours sur la gestion du stress. On lui a clairement signalé qu'il avait un problème de
gestion du stress.
1) Moi: individuel/subjectif
Cette perspective va nous renseigner sur la manière dont ce cadre perçoit le stress, comment il lit le monde et perçoit sa vie. Ses pensées vont nous renseigner sur sa « Worldview ». Nous
pouvons également étudier la manière dont il perçoit son histoire familiale.
2) Nous: collectif/culturel
Cette perspective nous centre sur l'aspect collectif du stress dans notre culture et dans l'entreprise de notre cadre. Nous pouvons observer comment le stress est vécu dans le psychisme global de
ce groupe. Notre cadre n'est plus un élément isolé, mais il s'inscrit alors dans un groupe culturel qui vit le stress d'une manière particulière.
3) Ceci: individuel/objectif
Nous observons maintenant le corps de notre cadre, comme un médecin le ferait. Nous mesurons sa tension artérielle, regardons ses prédispositions à un trouble cardiaque, nous l'envoyons faire une
polysomnographie et nous essayons d'objectiver ses plaintes.
4) Ceux-ci: collectif/objectif
Nous observons grâce à cette quatrième perspective les cadres de cette entreprise d'une manière objective: le nombre d'heure de travail, la production d'emails, les statistiques de leur
rentabilité.
Ainsi donc, notre cadre peut bien aller faire un cours sur la gestion du stress (« Moi, individuel/subjectif »), mais il se peut qu'une grande partie du problème se trouve dans la culture
de l'entreprise (« Nous, collectif/subjectif) ou dans le corps de notre cadre (« Ceci, individuel/objectif ») ou dans la réalité économique de l'entreprise (« Ceux-ci,
collectif/ objectif »)
Synthèse
A travers ces exemples nous voyons qu'un phénomène donné, tel qu'une entreprise ou un être humain, peut être perçu de quatre différentes manières ou perspectives. Chacune de ces perspectives nous
apportent des informations importantes et auncune ne peut, finalement, dire posséder la connaissance complète du phénomène observé. C'est bien la mise en lien, dans un système de complexité à
quatre entrées, qui nous apportera le plus d'informations.
Il n'est pas rare d'assister à des dialogues « chauds » lors de conférences ou plusieurs « speakers » se partagent le temps de parole. Ces dialogues se heurtent souvent à un
problème de perspective, chacun parlant depuis son quadrant de prédilection.
La mise en lien des êtres humains et le réseautage nous offrent un potentiel immense de « cross-pollinisation ». Mais il nous faut une carte pour organiser nos connaissances afin de créer
des synérgies et des systèmes complexes, mais pas compliqués.
Patrick
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